Il y a, dans le regard d'un éléphant, une profondeur insondable, une sagesse ancestrale transmise à travers les âges. J'ai voyagé à travers les plaines brûlantes de l'Afrique, traversé les dunes mouvantes, marché sous l’ombre mouchetée des mopanes, et rien ne me fascine autant que cet être colossal, empreint de grâce silencieuse. Capturer sa majesté à travers l'objectif de mon appareil, c'est tenter de saisir l'âme même de la savane, de percer le mystère de la vie qui s'y écoule. Ce qui me hante dans ces animaux splendides, c'est la mémoire inscrite dans chaque ride sur leur peau, chaque battement de leurs grandes oreilles, chaque balancement de leur trompe. On dit que l'éléphant n'oublie jamais. Immortaliser son regard, c'est créer un morceau d'histoire, un fragment d'éternité. C’est vivre une communion silencieuse me liant inexorablement à cet animal monumental. Et à chaque clic de l'obturateur, j'espère restituer ne serait-ce qu'une fraction de l'immensité de leur être.
Nous partageons bien plus que 90 % de notre ADN avec ces pachydermes. Au-delà de cet héritage génétique, ces géants majestueux sont nos miroirs dans le règne animal. Chaque jour, la science met en lumière d'incroyables similarités entre leurs vies et les nôtres : l'élégance de leur chemin de vie, la complexité de leur comportement et la richesse de leur organisation sociale. À travers leurs cœurs qui battent de concert avec la Terre, ils chantent une humanité partagée, un véritable écho de nos propres liens sociaux et émotions.
Avec l’accélération de la consommation et de la destruction des ressources naturelles qui caractérise l’Anthropocène des cent dernières années, il est urgent de repenser les relations entre l’humanité et la nature et, en particulier, d’ouvrir notre âme aux éléphants, espèce emblématique s’il en est, dont la situation critique reflète des défis majeurs de notre époque.
Les photographies de ce livre sont une invitation à faire vibrer ce message :
« Je suis éléphant ! »
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Les sables du temps
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Emplacement
Les sables du temps
Nous pouvons sublimer nos vies,
Et, en partant, laisser derrière nous des
Empreintes sur les sables du temps.
Henry Wadsworth Longfellow
La ville fantôme de Kolmanskop, en Namibie a été bâtie au début du siècle dernier au milieu du désert. Ephémère et délirante cité minière, lourde de l’histoire tragique et violente de la colonisation allemande et du génocide des Héréros, elle sera abandonnée dès l’épuisement du site diamantifère.
Les dunes envahissent aujourd’hui les ruines, et la cité est en train de disparaître dans le désert. A travers portes et fenêtres, murs éventrés, toitures effondrées, les dunes reprennent leur place. Kolmanskop devient un sablier immense, métaphore de la vanité humaine et de la toute puissance du temps.
La dune est sans mémoire, sans volonté propre, sans projet. Elle est… Porté par le vent du désert, le sable efface les traces de ce qui a été. Porté par le vent du désert, sous la pression de la dune, le sable est le présent et contient un passé oublié, un avenir inconnu. Il est éternité. Porté par le vent du désert, il n’est pas le temps mesuré, il est le double passage du maintenant dans le passé et de l’avenir dans le maintenant. A la fois mouvante et immobile, la dune est le miroir du temps subjectif de la photographe qui erre dans la ville morte et laisse ses empreintes dans les sables du temps.
Mes photographies de Kolmanskop n’en montrent que l’intérieur, dans l’intimité des chambres, séjours, salons, salles de bains, couloirs… Ce sont des pièces désolées, animées parfois par les volutes de sable créées par le vent, fantômes impalpables de son passé. Des portes ensablées ouvrent vers des espaces oniriques où le regard se perd. L’aspect général de la ville morte est laissé à l’imagination, car l’intériorité de l’image a pour but de recentrer le regard sur la subjectivité de la perception du temps et la recherche de son temps personnel. Photographe et spectateur sont plongés au sein même du sablier, des sables mouvants. Sables qui nous étouffent lentement mais n’ont pas réussi à effacer les couleurs du temps. Les couleurs des papiers peints, des frises, des peintures murales restent encore vives et chatoyantes, mises en valeur par la texture du sable orange du Namib. Couleurs d’une ville passée, couleurs de rêves enfouis, de vies brisées et de vies enfuies…
Porté par le vent du désert, le sable aura bientôt englouti la cité minière. Les hommes qui avaient creusé, éventré, exploité les dunes voient leurs œuvres envahies par les vagues de sable. La résilience de la nature a consumé en quelques décennies ce que la folie du diamant a laissé derrière elle. La vie sauvage reprend ses droits dans la ville morte. Sur les rides du sable, on peut lire à nouveau le passage de la petite faune du désert. Si le temps détruit…, le temps construit aussi.
Entre ce qui a été et ce qui sera, ces photographies sont une représentation de mon temps intime, d’un temps imaginaire, d’un temps brièvement arrêté et capturé. Il était une fois … dans les sables du temps.

















































